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Le numérique, facteur d'inclusion ou d'exclusion sociale ? (1/2)

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(Crédits : DR)
La transition numérique offre de formidables solutions de simplification et de dématérialisation des démarches administratives. Mais ne risque-t-elle pas, en parallèle, de laisser sur le bord de la route ceux qui en ont le plus besoin, les populations défavorisées, nouveaux oubliés de la troisième révolution industrielle. C'est pour répondre à ces questions que La Tribune Toulouse organise le 24 février la conférence-débat Citoyen 3.0 : forum de l'inclusion numérique et de l'innovation sociale.

Face à la métropolisation et au repli des services publics, "les populations qui vivent dans les territoires isolés ont souvent l'impression d'être les oubliés de l'histoire : le monde qui change ne leur serait en rien bénéfique", alertent la fondation Terra Nova et Google France dans une étude "Que peut le numérique pour les territoires isolés ?" publiée à la mi-janvier. Pourtant les auteurs de l'étude font le pari inverse : La transition numérique "est à la fois une réalité et une chance et permet le désenclavement des territoires isolés", déconnectés des métropoles (dont moins de 25 % de la population travaille dans une aire urbaine).

Le haut débit en Haute-Garonne

En Haute-Garonne, le Conseil départemental a fait le choix de la solidarité territoriale par le déploiement du très haut débit pour l'ensemble des communes d'ici à 2020. Il s'agit d'apporter le très haut débit à 500.000 personnes supplémentaires par rapport à aujourd'hui, dont 90.000 d'ici à la fin de l'année. Ce déploiement - qui représente un investissement total de 180 M€ sur 5 ans (dont 22 M€ du département) - a été inauguré le 3 février à Rieux-Volvestre par le déploiement de la 4G fixe (multipliant ainsi le débit internet).

"La fracture numérique est bien réelle et constitue une entorse à l'égalité d'accès des citoyens aux services publics", justifie Annie Vieu, présidente du syndicat mixte Haute-Garonne numérique.

Les élus locaux appréhendent trop souvent "le numérique à travers le prisme exclusif du raccordement au réseau (Internet et GSM) et de la qualité du débit proposé", pointe en écho l'étude Google France-Terra Nova (lire encadré). "Or le raccordement est une condition nécessaire mais non suffisante de la transition numérique". Au-delà du "formidable succès"de la déclaration d'impôts en ligne, il y a finalement "peu de services qui permettent de gérer de façon simple et efficace sa vie administrative et citoyenne", regrette Élisabeth Bargès, directrice des politiques publiques chez Google France, qui a co-présidé cette étude. En cause, l'absence d'un identifiant unique tel qu'il existe dans les pays nordiques. Mais la généralisation prochaine de la solution gouvernementale France Connect devrait bientôt combler ce déficit.

Le numérique, facteur d'inclusion ou d'exclusion sociale ?

La transition numérique de l'économie et de la société crée-t-elle une nouvelle fracture pour les populations les plus démunies ou bien peut-elle être un vecteur d'inclusion sociale ? "Le numérique n'est pas vertueux ou mauvais en soi : il aura les vertus qu'on voudra bien lui donner", avertit Michèle Pasteur, directrice générale de l'Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa). "Notre mission est d'accompagner toute la chaîne de l'innovation, y compris sociale, et ainsi de contribuer à une société plus inclusive par l'évolution des politiques publiques", explique la directrice de cette association créée il y a dix ans par Martin Hirsch pour stimuler l'expérimentation sociale.

Même vision pour Nicolas Hazard , président du Comptoir de l'innovation. "Le numérique, tout comme la finance, est un outil. Un peu comme un marteau, ça peut servir à construire une maison ou à la casser. La transition numérique peut être vecteur de destruction d'emploi et d'exclusion, mais c'est aussi une formidable opportunité pour rendre la société plus juste et plus durable", développe ce trentenaire à la tête du principal fonds de financement solidaire de l'Hexagone (10 millions d'euros). Malheureusement, regrette-t-il, cette vision n'est pas forcément partagée par tous les acteurs de l'économie numérique.

"On est plus enclin à parler des levées de fonds, de valorisation des entreprises et du nombre de 'licornes' en France. Avoir une boîte qui pèse un milliard de dollars mais qui a détruit des milliers d'emplois, je ne vois pas en quoi on peut être fier de cela", dénonce Nicolas Hazard.

"Ce que l'on propose avec le Comptoir de l'innovation est clairement une alternative à cette vision." Pour cela, le fonds incube des startups ou prends des participations minoritaires dans des entreprises qui répondent à parité à des critères de performance économique et à des critères extra-financiers (leur impact social et environnemental).

"Aujourd'hui, toutes les grandes administrations sociales (Caisse d'allocations familiales, Carsat, etc.) veulent appuyer sur l'accélérateur de la dématérialisation de leurs services, souvent pour des questions budgétaires", pointe par ailleurs Michèle Pasteur. Pôle Emploi Occitanie vient, par exemple, d'annoncer la généralisation prochaine du suivi 100 % web pour tous les demandeurs d'emploi "suffisamment autonomes dans leurs recherches" pour, en parallèle, renforcer l'accompagnement des personnes les plus éloignées de l'emploi. Une réorganisation qui provoque au niveau national l'inquiétude des syndicats dénonçant une "dématérialisation à outrance".

Loi pour une République numérique

Or, comme le constate le baromètre Idate pour l'Association pour le commerce et les services en ligne (Acsel), la confiance envers le numérique a baissé pour la première fois (37 % de Français confiants en 2016 contre 40 % en 2015). Par ailleurs, "20 % des gens se considèrent comme e-illettrés", souligne Orianne Ledroit, responsable du programme Société numérique de l'Agence du numérique. Ce programme présenté fin novembre 2016 par Axelle Lemaire, secrétaire d'État chargée du numérique, doit permettre de "co-construire avec les collectivités territoriales (...) le cadre d'élaboration des stratégies locales pour le développement des usages et services". Ce programme s'appuie sur quatre leviers d'actions : les schémas directeurs d'aménagement numérique (SDAN) au niveau des départements, la création d'une coopérative nationale de la médiation numérique, la mise en place d'un laboratoire d'analyse et de décryptage des usages numériques au sein de l'Agence et le déploiement d'un chèque numérique permettant de monétiser les actions de médiation numérique des associations. Ce programme s'inscrit directement dans la loi pour une République numérique promulguée en octobre 2016. Celle-ci a pour objectif de faire de la France une "République numérique" dont la devise serait : Liberté d'innover, Égalité des droits, Fraternité d'un numérique accessible à tous et Exemplarité d'un État qui se modernise, résume le Sénat sur son site internet. "Pour répondre à l'urgence citoyenne, nous avions également besoin de renforcer la capacité des acteurs de la médiation numérique, de ces milliers de formateurs mobilisés sur le terrain", a déclaré Axelle Lemaire le 29 novembre 2016 pour expliquer la création de la coopérative de la médiation numérique.

"Nous sommes en plein milieu de la troisième révolution industrielle", énonce Nicolas Hazard, adepte de la théorie de Jeremy Rifkin. "Le vieux modèle, où les acteurs économiques créent de la richesse et l'État est là pour réparer si besoin, ne marche plus : il est urgent de réfléchir à une nouvelle politique industrielle du numérique et à un nouveau partage des responsabilités."

La Tribune Toulouse organise le vendredi 24 février une rencontre-débat, en partenariat avec le Conseil départemental de Haute-Garonne, intitulée Citoyen 3.0 : Forum de l'inclusion numérique et de l'innovation sociale. Inscriptions ici.

Territoires isolés : 7 propositions pour la transition numérique

Pour que les territoires isolés puissent profiter pleinement des opportunités offertes par la transition numérique, les auteurs de l'étude « Que peut le numérique pour les territoires isolés ? », de Google et Terra Nova font 7 propositions :
1. Création d'un Office régional numérique, point d'entrée unique pour les entreprises ;
2. Formation aux compétences numériques de base dans la formation professionnelle ;
3. Favoriser l'essor de l'économie collaborative dans ces territoires par un cadre juridique non dissuasif ;
4. Création d'une plateforme numérique commune pour les mairies via un concours auprès des écoles d'informatique et de codage ;
5. Favoriser la télémédecine ;
6. Lever les freins réglementaires à l'adoption du télétravail salarié ;
7. S'assurer que les dispositifs d'accompagnement des personnes en difficulté face au numérique soient effectifs, accessibles et de qualité.

Retrouvez lundi le second volet de ce dossier sur l'inclusion numérique pour un tout d'horizon des initiatives sociales et numériques à Toulouse ou ailleurs...

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