Omnium Finance : Xavier Chausson quitte la présidence

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Le groupe toulousain Omnium Finance, spécialisé dans les produits d'ingénierie patrimoniale et la promotion immobilière, change d'organigramme. Le président fondateur Xavier Chausson quitte la présidence pour se consacrer à la représentation et à la défense des intérêts du groupe. Il transmet le poste à Pierre Alberola, ancien DG. Serge Paul prend la direction générale. Stratégie de développement, objectifs, démêlés judiciaires : le trio répond à nos questions.

Omnium Finance adopte ce mois-ci une nouvelle gouvernance. Pourquoi ?
Xavier Chausson : Je continue à m'intéresser à la stratégie du groupe et à son développement mais je souhaite désormais me mettre en retrait de l'opérationnel pour consacrer l'essentiel de mon temps à la représentation et à la défense des intérêts du groupe. La nouvelle gouvernance s'appuie sur l'équipe mise en place depuis 2008 pour engager le renouveau de l'entreprise. Pierre Alberola prend la présidence et Serge Paul la direction générale. Tous deux seront mandataires sociaux. Quand à moi, je reste l'actionnaire principal avec 85 % du capital du groupe (les 15 % restants étant répartis entre les salariés et cadres, un collaborateur historique, Serge Poujol).

Le groupe fait l'objet de deux instructions judiciaires encore en cours. Où en est-on ?
Xavier Chausson : Depuis trois ans, on a tout entendu sur Omnium Finance, parfois tout et n'importe quoi. Nous avons fait l'objet d'une plainte par une ancienne mandataire qui avait exercé une tentative de chantage auquel nous n'avons pas cédé et qui essaie depuis de nuire au groupe. Elle a déposé une plainte que nos avocats considèrent comme fourre-tout. Cette enquête dure depuis trois ans, aujourd'hui, elle est limitée et recentrée sur une vingtaine de livrets de stage pour lesquels on peut se demander si les formations ont bien été dispensées, et sur 200 et quelques baux où la date d'entrée du locataire ne correspond pas à la date de signature du bail (NDLR : les deux procédures sont indépendantes l'une de l'autre, lire ci-dessous pour plus de précisions). Sur les livrets, apparemment l'instruction est close. Sur les baux, nous n'avons pas de nouvelles. Cela fait trois ans que ça dure : si cela avait été si évident, la sanction aurait, je pense, été beaucoup plus rapide. Cela laisse peser un doute sur la probité du groupe et de ses dirigeants alors que nous avons toujours été vigilant sur le respect de nos engagements.

Vous rejetez les accusations ?
Xavier Chausson : Ces dysfonctionnements ont été ponctuels, ont été largement corrigés depuis et appartiennent au passé. La direction du groupe n'a jamais donné la moindre consigne qui aurait pu être de nature à contourner la réglementation.

Qu'espérez-vous maintenant ?
Xavier Chausson : L'abandon des instructions serait idéal, ou un jugement avec une condamnation qui je pense ne pourrait qu'être symbolique, pour que l'on puisse tourner la page. L'entreprise a des bases saines pour envisager sereinement l'avenir.

Cette nouvelle gouvernance est-elle liée à vos démêlés judiciaires ?
Xavier Chausson : Non, elle répond à une volonté d'apporter du sang neuf en s'inscrivant dans une démarche entrepreneuriale de progrès. Pour ma part, en me retirant de l'opérationnel je pourrai mieux assurer la représentation et la défense des intérêts du groupe.

Vous avez engagé il y a trois ans une refonte de vos activités. Comment est organisé le groupe Omnium actuellement ?
Pierre Alberola : Nous avons engagé une profonde mutation de notre organisation, structurée par métier avec deux marques, Imodeus (promotion immobilière), et Stellium (distribution de produits d'investissements immobiliers et de placements financiers). En 2009, nous avons défini cinq priorités. Rompre les liens d'exclusivité entre les filiales internes du groupe. Céder les activités pour lesquelles on ne pouvait pas atteindre une taille critique rapidement comme cela a été le cas avec notre filiale d'administrateurs de biens. Nous réorganiser pour minimiser nos coûts et être plus flexibles. Définir la promesse client et se donner plus de moyens pour la respecter. Créer les compétences qui nous manquaient pour une offre plus large, et nous renforcer à l'international.

Depuis la fondation du groupe en 1992, quels sont vos chiffres ?
Xavier Chausson : 450 résidences ont été commercialisées, soit 32 000 logements dont 10 000 construits par notre promoteur interne. 33 000 clients ont investi dans une solution de placement financier, avec 650 millions d'encours en assurance-vie sous gestion. Au total, 56 000 clients ont fait appel à nous, et plus de 70 000 locataires. Omnium compte 160 salariés et un réseau de plus de 2 400 mandataires indépendants.


Serge Paul : Sur nos 56 000 clients, 28 9000 ont procédé à un investissement immobilier, 33 900 ont réalisé un investissement financier, assurance-vie ou produits plus sophistiqué de type SCI ; 7 000 ont fait les deux. Côté immobilier, notre offre s'adosse à 45 promoteurs. Elle est constituée à 75% de produits classiques type Scellier et à 25 %, une proportion appelée à monter, de produits s'appuyant sur d'autres dispositifs avec des résidences pour étudiants, seniors, de tourisme... Il y a un vrai besoin sur ce marché.

Quels sont vos résultats sur 2010 et vos perspectives pour 2011 ?
Serge Paul : Lors de l'exercice 2010 (sur 15 mois), nous avons surfé sur le dispositif Scellier et réalisé un chiffre d'affaires consolidé de 248 millions d'euros, avec un résultat net négatif en raison des pertes liées à la revente, à perte, de nos participations dans Laforêt Immobilier et Uffi Asset Management. En 2011, le démarrage a été difficile avec le changement de loi Scellier et un marché boursier agité. L'exercice sur 12 mois cette fois sera en recul en termes d'activité avec une production commerciale immobilière de l'ordre de 100 M€ et autant pour la collecte de produits financiers. Aujourd'hui, Omnium Finance, c'est 65 millions d'euros de capitaux propres et un taux d'endettement quasi nul de 0,15 %.

Quels sont vos objectifs ?
Pierre Alberola : Pour Stellium, il est d'acquérir le statut de « prestataire en services d'investissement » en obtenant l'agrément de l'Autorité des marchés financiers et de l'Autorité de contrôle prudentiel. Notre pré-dossier a été validé. Nous travaillons également à la création d'ici 2012 d'un centre de formation pour notre réseau de mandataires.

Propos recueillis par Mikaël Lozano

En savoir plus :
- Une information judiciaire contre X a été ouverte en 2008 après la plainte pour escroquerie d'une ancienne mandataire du groupe, Claudie Giroz. Deux instructions distinctes concernent Omnium Finance. La première concerne, dans le cadre de logements défiscalisés, des baux soupçonnés d'être antidatés pour permettre aux investisseurs de bénéficier des avantages des lois Robien et Scellier au delà des 12 mois prévu sans qu'un locataire ait été trouvé. L'assureur Gan s'est porté partie civile (lire ci-dessous). La seconde instruction porte sur des attestations non conformes délivrées à des mandataires du réseau Omnium : deux cadres du groupe ont été mis en examen en mars dernier. Dans ce contexte, Xavier Chausson avait également été placé en garde à vue le 9 décembre dans les locaux de la police judiciaire et était ressorti libre, sans mise en examen. L'instruction judiciaire est en cours.

- Au cours des trois dernières années, le groupe est engagé dans un litige opposant l'assureur Gan et l'ancienne filiale d'administration de biens d'Omnium, CICG, cédée depuis au groupe Urbania. Au cœur du problème, un contrat d'assurance « loyers impayés, vacance locative et absence du premier locataire » pour le compte des propriétaires investisseurs, signé en 2006 entre la Gan et CICG. Concrètement, ce contrat permettait aux investisseurs d'être indemnisés si leur appartement n'avait pas trouvé de locataire. Seul problème : l'indemnisation ne dure que 12 mois. Omnium Finance est soupçonné d'avoir rédigé des baux antidatés pour étendre la garantie de ses propriétaires. Le groupe toulousain estime lui qu' "à partir de mai 2008, le Gan a cessé, sans raison valable, d'indemniser les clients. Omnium Finance s'est alors substitué à l'assureur en indemnisant ces derniers pour près de 15 millions d'euros." Aucun accord amiable n'a pour l'instant été trouvé.

En photo : Xavier Chausson, ex-président fondateur, Pierre Alberola, nouveau président et Serge Paul, nouveau directeur général (© Omnium Finance)

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